MCO/Ehnes La Liberté review!

Une saison musicale qui débute avec beauté

Le Manitoba Chamber Orchestra a lancé la saison musicale 2016-17 de Winnipeg par un très beau concert dirigé par James Ehnes, qui a joué la partie solo du Concerto pour violon de Beethoven.  

Enfant chéri du Manitoba, James Ehnes se retrouvait presqu’en famille à Winnipeg. Violoniste adulé partout dans le monde, il a animé ce concert avec humilité et simplicité, ne cherchant pas à impressionner par son brio mais entraînant tous les musiciens à se dépasser par la qualité de son jeu.

On a senti un climat de camaraderie et de bonne humeur inhabituel lorsque les musiciens ont fait leur entrée en scène. Quand James Ehnes a pris la place de violon solo pour les deux sérénades présentées en première partie, il a été accueilli en ami par un Karl Stobbe, violon solo du MCO, souriant et blagueur. C’est d’un même souffle que l’orchestre a attaqué la Sérénade pour cordes en mi mineur op. 20 de Sir Edward Elgar, qui fut suivie de la Sérénade pour cordes en mi majeur, op. 22 d’Antonín Dvořák.

Elgar considérait sa sérénade, la première pièce qu’il a composée pour orchestre à cordes, comme son œuvre favorite. Il avait écrit une première version en 1888, une suite formée de trois mouvements intitulés Chant du printemps, Élégie et Finale, dont les manuscrits ont été perdus. Il en a fait une révision en 1892, a changé le nom des mouvements en Allegro piacevole (plaisant), Larghetto et Allegretto et intitulé la pièce Sérénade. Il l’a offerte à son épouse Alice à l’occasion de leur troisième anniversaire de mariage. Le compositeur anglais Herbert Howells a dit au sujet de cette sérénade : “Une sonorité, sonorité sans bruit, qui constitue la plus grande qualité des cordes. Dans un monde de cuivres résonnants, de cymbales éclatantes, et de bruit amplifié au plus haut degré, c’est cela, une sonorité sans bruit qui représente la contribution suprême de la musique pour cordes à notre enchantement.”

Dvořák considérait que le but de la musique était de chanter les différents aspects de la vie qui nous apportent de la joie. La Sérénade pour cordes en mi majeur, op. 22 est l’une des premières œuvres caractéristiques de Dvořák et la première qui a été jouée régulièrement à l’étranger. Il l’a composée en à peine 12 jours, du 3 au 14 mai 1875. Dans sa forme et son esprit, l’œuvre s’apparente à un divertimiento de Mozart, enrichi des couleurs chaleureuses de la musique folklorique tchèque.

L’audition de ces deux magnifiques sérénades fut un constant enchantement. Elles furent interprétées avec beaucoup de finesse, de manière élégante et raffinée, avec un lyrisme retenu, dans une joyeuse légèreté. Ce fut un de ces moments de grâce qui se produisent lorsque des musiciens, jouant sans chef mais stimulés par un interprète virtuose, entrent en communion de regard, d’écoute et de souffle pour jouer avec âme et inspiration.

En deuxième partie, nous avons entendu le Concerto pour violon en ré majeur op. 61 de Beethoven, commandé par le violoniste prodige Franz Clement, qui jouissait d’une grande réputation à l’âge de 26 ans. Admiré par Beethoven, qui l’avait entendu encore enfant, Clement était davantage reconnu pour la grâce, la délicatesse et l’élégance de son jeu que pour la robustesse et la puissance caractéristiques des tenants de l’école de Viotti, virtuose et compositeur italien contemporain de Beethoven, considéré comme l’un des initiateurs de la technique violonistique moderne. C’est sans doute pour cette raison que Beethoven a composé un concerto qui met en valeur ces qualités, qui font aussi la réputation de James Ehnes, plutôt que la virtuosité technique avec des passages “pyrotechniques” éblouissants. Bref, Beethoven a voulu que ce concerto charme et émerveille par la beauté de la musique plutôt qu’épater par des prouesses purement techniques. Ce qui ne veut pas dire que le concerto ne comporte son lot de difficultés, pour la technique et surtout pour l’interprétation. Beethoven a aussi innové dans le genre en plaçant le soliste et l’orchestre sur un pied d’égalité, en faisant de ce concerto presqu’une symphonie.

Le concerto est écrit pour être exécuté par un orchestre symphonique. Même si le nombre d’instruments à vent du MCO correspondait à l’instrumentation demandée par Beethoven, les sections de cordes n’étaient pas celles d’un orchestre symphonique et n’auraient pu jouer avec autant de puissance. S’adaptant à la taille réduite de l’orchestre, Ehnes a donné une interprétation différente de ce qu’on a l’habitude d’entendre, plus intimiste et poétique. Il a adouci les élans passionnés et presque tapageurs de certains passages orchestraux.

Ce furent quarante minutes de très belle musique et d’émerveillement. Il n’y a eu aucun moment d’ennui malgré les nombreuses répétitions de certains thèmes, chacune étant interprétée un accent différent. Ehnes a joué de superbe façon, faisant chanter son Stadivarius ex-Marsick de 1715, au timbre sublime, avec tendresse et délicatesse. Le lyrisme de certains passages était saisissant. Il a inspiré les musiciens par la qualité de son jeu, se faisant très discret dans son rôle de chef. Il s’est limité à battre timidement la mesure entre ses interventions. La fin de ce concert d’une exceptionnelle beauté a été marquée par une très longue et chaleureuse ovation, amplement méritée.

Manitoba Chamber Orchestra
Le 13 septembre 2016, Westminster United Church, Winnipeg
James Ehnes, chef et violon

Sir Edward Elgar
Sérénade pour cordes en mi mineur op. 20

Antonín Dvořák
Sérénade pour cordes en mi majeur, op. 22

Ludwig van Beethoven
Concerto pour violon en ré majeur op. 61

Pierre MEUNIER

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *